Insertion territoriale


Le projet CARMA ne se limite pas au Triangle de Gonesse mais prend en compte le territoire plus large du Grand Roissy, qui possède des atouts économiques exceptionnels.
Le Grand Roissy génère près de 130.000 emplois avec des taux de croissance à deux chiffres. Il constitue un puissant aimant et occasionne chaque jour d’importants déplacements domicile-travail. Le pôle de Roissy diffuse ses activités sur l’ensemble du grand territoire : activités logistiques et activités liées au tourisme d’affaires. Roissy constitue un moteur territorial mais ne fonctionne pas comme un moteur métropolitain: le transport et la logistique représentent 38% des emplois du territoire en 2006, les cadres des fonctions métropolitaines (prestations intellectuelles et conception/recherche) ne représentent que 6% des emplois (contre 9.9% en Ile de France). Nous sommes donc loin d’autres régions aéroportuaires dans le monde, qui attirent des activités à forte valeur ajoutée.
Les communes proches profitent de manière très inégale des emplois créés, du fait de leurs caractéristiques socio-démographiques et résidentielles, de la qualification de la main d’oeuvre disponible et de leur situation géographique par rapport aux axes et aux modes de déplacement. Le système territorial, enjeu majeur de l’aménagement du Grand Paris et de la Région Ile de France, souffre de graves problèmes de gouvernance : il est réparti sur deux départements, et, malgré les efforts déployés par l’EPA Plaine de France, il a été très difficile de dégager une vision d’ensemble portée par une autorité politique responsable. Les communes ont souvent développé des projets concurrents dans des domaines adjacents et les tentatives de mise en cohérence ont fréquemment échoué.
La dernière en date a été l’élaboration en juillet 2012 par la direction régionale du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable d’un rapport dénommé « Etude d’orientations et schéma d’aménagement durable du grand territoire de Roissy » (Groupement Acadie, Atelier Christian de Portzamparc, Agence Güller & Güller). Sa discussion a débouché sur des résolutions que nous nous devons de citer in extenso: «L’ensemble des partenaires se retrouve et converge aujourd’hui autour d’un socle commun d’enjeux et d’objectifs en matière d’aménagement du territoire : rompre avec le modèle routier exclusif, assurer la cohérence spatiale du développement économique, rééquilibrer l’habitat et l’emploi, gérer durablement les ressources foncières et naturelles (mais aussi permettre l’accès à l’emploi aux populations locales par la qualification, problématique non traitée dans l’étude) »
Il reste à consolider les dispositifs pour la mise en oeuvre: • Créer une autorité organisant les transports de proximité, au plus près des besoins, ce qui nécessite l’accord du STIF et de la Région. Le principe d’une agence de mobilité fait déjà consensus. • Mettre en place un pilotage coordonné du développement économique pour donner une meilleure visibilité aux investisseurs privés. • Disposer d’un schéma d’aménagement « dynamique » capable de pérenniser les secteurs agricoles. Cette première approche est nécessaire dans la perspective d’un SCOT du Grand Roissy à l’initiative des collectivités du Grand Roissy.
De plus, plusieurs propositions ont été faites pour relancer l’offre résidentielle, indispensable à l’équilibre du Grand Roissy, pour limiter l’allongement des distances domicile-travail. Le fait que ces résolutions n’aient pu être véritablement mises en oeuvre montre l’ampleur des difficultés.
L’aménagement du Triangle de Gonesse au travers de la ZAC actuelle ne fait qu’accroître ces difficultés : concurrences accrues entre départements et communes, difficultés prévisibles dans l’hôtellerie, les commerces et les loisirs, attractivité moindre du fait des encombrements et des nuisances, augmentation des risques sécuritaires, etc.
Mais une question essentielle n’est absolument pas traitée dans les études faites jusqu’ici : Celle des apports possibles de l’agriculture et de la ruralité qui l’accompagne, cette question concernant aussi la Seine et Marne. L’EPA Plaine de France a élaboré en juin 2016, au terme d’un processus de concertation contesté par certains, une Charte Agricole du Grand Roissy. Celle-ci s’articule autour des quatre objectifs suivants, que nous ne pouvons qu’approuver au niveau des intentions générales:
  • Maintenir l’espace agricole et ses fonctions, développer l’emploi. La recherche de densification urbaine et la surveillance de la consommation du foncier agricole doivent permettre de limiter l’étalement urbain. • Faire profiter l’agriculture du développement territorial. L’agriculture pourra tirer bénéfice de la proximité urbaine par une diversification de ses pratiques (agro-tourisme, vente à la ferme, circuits de proximité...) et une application des principes de l’économie circulaire (réutilisation des biodéchets par exemple).
  • Renforcer les liens entre les acteurs du territoire. Le diagnostic a mis en exergue une faible perception du rôle de l’activité agricole au sein de la société. Le développement d’une agriculture de proximité et d’espaces de transition agri-urbains pourraient permettre d’améliorer cette perception et de créer un lien avec les habitants.
  • Valoriser les éco-systèmes des espaces agricoles. Le projet agricole doit promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement qui enrichissent la biodiversité. La Charte ne dispose d’aucun dispositif de mise en oeuvre (les signataires doivent se réunir tous les 4 ans) : , et la destruction d’espaces agricoles peut donc encore être sérieusement envisagé se poursuivre sans obstacle, comme le montre le projet actuellement défendu par les pouvoirs publics pour le ’exemple du Triangle de Gonesse. Sur le schéma d’orientation pour l’agriculture du Grand Roissy Ouest, anciennement périmètre du SCOT du SIEVO, les chiffres débouchent sur un rythme élevé d’urbanisation des terres agricoles : 88. 000 hectares seulement sur les 9 .500 hectares agricoles existants sont identifiés comme «espaces ayant vocation à rester agricoles sur le long terme (échéance : 30 ans) », ceci sans aucune référence au SDRIF adopté en 2013, et en l’absence de SCOT.
  • Rapporté aux 595 .000 hectares de la surface agricole de l’Ile-de-France, un tel rythme appliqué à la région donnerait une consommation annuelle de 3. 100 ha, c’est à dire 3 fois le rythme régional actuel que le SDRIF a l’ambition de réduire. Au-delà de ces contradictions flagrantes lacunes, on ne parle pas de la la ruralité, ambiante qui pourtant subsiste assez largement dans plusieurs communes du Val d’Oise et de la Seine et Marne, au sein du Grand Roissy, fait figure de grande absente dans la réflexion menée ; elles font pourtant partie intégrante de l’histoire multi-séculaire, de la plaine de France.
Le projet CARMA est un projet d’avenir qui fait apparaître et vivre les liens structurels unissant des espaces ruraux et urbains : il rappelle que la ville ne peut vivre sans espace agricole. La ruralité repensée n’est pas un succédané de l’urbain, elle en est indissociable. Les proximités, les valeurs, les pratiques dont elle est porteuse peuvent contribuer utilement à améliorer le mode de vie urbain, pour peu que ces deux systèmes communiquent. Le mouvement de la transition appliqué à ces espaces peut consister à réintroduire l’agriculture dans la ville, à développer des habitats coopératifs organisés en hameaux ou en villages urbains impliquant les habitants eux-mêmes, à multiplier l’organisation de circuits courts, que ce soit dans l’alimentation ou dans la délivrance de certains services urbains (déchets notamment), à chercher ensemble comment réduire les consommations d’énergie et développer les énergies renouvelables, valoriser l’économie locale et les échanges de services.
De multiples expériences sont menées dans le monde entier dans cette perspective; certaines connaissent des difficultés, d’autres recueillent de grands succès. En tout état de cause, elles reposent sur la mobilisation locale des citoyens, sur leur envie d’agir collectivement et concrètement pour un avenir moins vulnérable face aux crises climatiques, écologiques, énergétiques et économiques. Ce sont des acquis incontestables.